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dimanche 18 décembre 2011
Le Turquetto de Metin Arditi
À Istanbul au XVIe siècle, le jeune Elie dessine les jeunes esclaves que son père, employé au marché des esclaves, transfère vers le harem. Elie est un dessinateur extraordinaire pour un enfant de 12 ans mais il ne se sent pas très dans cette vie, dans ce monde, dans cette ville : jeune juif, élevé au milieu des musulmans, il est attiré par les fresques splendides des monastères chrétiens. Mais tant la religion musulmane que l’hébraïque refusent ses portraits merveilleux.
Après la mort de son père, il s’enfuit sur un bateau vénitien et devient, sous une fausse identité, apprenti dans un des meilleurs ateliers de la République. Bientôt, devenu son propre maître, il connaît un succès rapide bien que lui-même vive dans la crainte d’être démasqué, ce qui signifierait sans aucun doute le bûcher. Sa réputation l’amène à être choisi pour peindre une Cène monumentale dans la nouvelle Scuola Sant’Antonio, où un arriviste fait de l’ombre aux bourgeois.
Cette œuvre extraordinairement belle causera pourtant la perte d’Elie…
Se basant sur une analyse de L’homme au gant attribué au Titien et qui révélerait une incohérence dans la signature, susceptible de rendre cette attribution caduque, Metin Arditi imagine la vie d’un autre peintre qui aurait pu être l’auteur de cette toile. Ce faisant, il développe une réflexion extrêmement intéressante sur l’art et sur l’identité, sur l’attitude des religions qui détruisent les œuvres…, comme a pu en mener, avant lui Léo Perutz, par exemple dans son roman Le Judas de Léonard. On ne peut manquer d’être frappé par cette coïncidence (mais en est-ce une quand on sait le poids du personnage de Judas dans la tradition chrétienne?) : le choix de la Cène comme œuvre révélatrice de la trahison.
Bref, c’est un roman qui ouvre une réflexion extrêmement intéressante ; ses personnages sont fascinants, en particulier celui du mendiant stambouliote Zeytine Mehmet mais, en même temps, je ne me sens pas transportée comme je l’ai été en lisant d’autres romans sur le monde de l’art et sur Istanbul, comme, par exemple, Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants de Mathias Enard ou d’autres sur l’emprise de Venise comme deux romans dont je reparlerai : La Tempête de Juan Manuel de Prada ou Confidences vénitiennes de France Borel.
Les descriptions surtout m’ont semblé manquer de « matière » (pour parler comme le ferait un peintre) : c’est davantage un roman d’intellectuel que d’artiste…
Cela n’enlève pas, bien sûr, l’intérêt de ce roman et la beauté – jamais démentie lorsqu’il s’agit d’une œuvre publiée chez Actes Sud – de la couverture qui, je l’avoue, m’a attirée autant que le sujet !
Une interview de Metin Arditi sur le site de l’éditeur.
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2 commentaires:
Et encore un commentaire positif (malgré tes réserves). Je le note!
Je deviens extrêmement difficile et en plus je ne lis presque plus: je suis dans Après le livre de François Bon - et je le lis sur tablette ; c'est passionnant mais je prends tellement de notes que je n'avance pas!
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