Roman d'actualité: nous ne sommes pas le 30 avril mais six mois plus tôt: 2 moments liés!
J’avais lu ce roman que il y a quelques années c'est une légère déception à cette 2e lecture : peut-être parce que je me souvenais vaguement du thème…
Le narrateur du roman est Philippe-Christophe Marlaud, un détective assez minable installé à Paris. C’est un oncle, employé de l’état-civil qui lui a attribué ces 2 prénoms :
« Philippe par référence à Philip Marlowe, le détective privé imaginé par Raymond Chandler, et Christophe en l’honneur du dramaturge élisabéthain Christopher Marlowe qui fut certainement le plus important devancier de Shakespeare. Quand on découvrit que le détective privé était un désabusé impertinent et le dramaturge un homosexuel qui fréquentait les lieux mal famés de Londres, jouait volontiers du couteau, trempait dans de louches affaires d’espionnage et qu’il avait été assassiné au cours d’une rixe – bref que ni l’un ni l’autre ne correspondaient à ce profil d’honorabilité et de conformisme tant prisé par les Marlaud –, il était trop tard : je venais de recevoir mes deux prénoms sur les fonts baptismaux. » (p.9)Vers une mi-avril caniculaire, Marlaud qui n’a plus vu de clients depuis un bout de temps reçoit la visite de Stanislas Josufus dont le père est maintenu en vie artificiellement à l’hôpital. Sa mission est de récupérer à n’importe quel prix un contrat stipulant qu’un certain Joachim Bélial héritera de tous les biens de Nathan à la mort de celui-ci. Stanislas prévoit la mort de son père le 30 avril, date cruciale pour sa famille.
Nathan Josufus est richissime, il tenait le monde entre ses mains, au point qu’on le surnomme, même sur son lit mort, « Le Grand Faiseur » : les enjeux sont donc importants. L’offre est à ce point alléchante qu’après avoir pris conseil d’un avocat de ses relations, Marlaud accepte et, avec la confortable avance qu’on lui a payée, il commence par s’acheter de superbes costumes de couturiers : le voilà sur une bien mauvaise pente, celle du goût du luxe, d’autant plus qu’il est véhiculé dans une superbe limousine noire mise à sa disposition avec son chauffeur, un nommé Charon.
Au fur et à mesure que progresse (très péniblement) l’enquête de Marlaud, la situation devient de plus en plus obscure et la chaleur chaque jour plus infernale.
Jolie secrétaire peu farouche, privé cynique et brutale, clients pourris jusqu’à la moelle, règlements de compte : tout dans ce roman fait référence à l’univers du roman noir américain, celui qu’on appelle « hard boiled », celui dans lequel on retrouve précisément Philip Marlowe. Pourtant derrière cette apparence très réussie, se cache une autre réalité qui renvoie à une œuvre de Christopher Marlowe.
Je pense que vous avez quelques éléments pour comprendre de quel mythe il s’agit : la chaleur, un contrat, la date...
Mais je ne sais pas si je dois vous en dire plus de crainte de gâcher votre plaisir si vous lisez Le Grand Faiseur.
« - Qui êtes-vous exactement ? lui demandai-je ?
Il hésita à peine :
- Celui qui va changer votre vie.
- Changer ma vie ? Qu’est-ce que vous dites là ?
- La vérité, monsieur Marlaud, changer votre vie. En fait, je suis un chasseur de tête. Un peu spécial, il est vrai. Mais quand vous saurez ce que je vous propose, vous n’en reviendrez pas. Je peux vous offrir une réussite encore plus exceptionnelle que celle de Nathan. » (p.204-205)

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