Douglas Preston, co-auteur des aventures de l’agent Pendergast du FBI, s’intéresse ici, avec le journaliste italien Mario Spezi, à une série de meurtres qui ont été commis dans les environs de Florence pendant plus de dix ans. Différence toutefois : les auteurs du texte ont été mêlés de près ou de loin aux enquêtes et leurs investigations ont à ce point indisposé les autorités judiciaires que l’Italien a fait de la prison et l’Américain est devenu persona non grata en Toscane.
Au départ, sept couples assassinés dans leur voiture alors qu’ils faisaient l’amour dans la campagne ; ajoutons à cela une mise en scène ritualisée, l’ablation des organes génitaux féminins et nous avons tous les ingrédients de l’activité d’un tueur en série. Et ensuite, une accumulation d’erreurs, de rivalités entre police et gendarmerie, entre juges d’instruction et magistrats du Parquet, de fausses pistes, de préjugés, d’aveuglements et d’ambitions vont faire de l’enquête un monstrueux gâchis.
On pense inévitablement à l’affaire Dutroux (et d’ailleurs le texte y fait allusion) lorsque la piste satanique et la théorie du complot de notables sont évoquées :
« Le commissaire Giuttari s’est personnellement penché sur le problème et il est arrivé à la conclusion que les meurtres du Monstre sont liés à un culte satanique. Cette cabale mystérieuse aurait été montée par une coterie intouchable de riches et de puissants. Ces notables, implantés dans les hautes sphères de la justice, de la médecine et du monde des affaires, auraient engagé Pacciani, Vanni et Lotti [des hommes jugés pour les meurtres] pour prélever sur des jeunes filles des organes sexuels qui servaient ensuite d’« hosties » pour des messes noires. » (p.207)L’ambition de certains enquêteurs est renforcée par l’intérêt que très vite la littérature, puis le cinéma, vont accorder à l’affaire, comme le rappellent les auteurs :
« À la fin de l’année 1984, l’affaire du Monstre de Florence fait toujours les gros titres de la presse européenne. Le diplomate et écrivain Jean-Pierre Angremy, qui fera son entrée à l’Académie française quelques années plus tard sous le pseudonyme de Pierre-Jean Rémy, prend ses fonctions de consul de France à Florence en 1985. Fasciné par l’affaire, il lui consacre en 1986 un roman intitulé Une ville immortelle, tandis que l’auteure italienne Laura Grimaldi écrit Le Soupçon, en 1988, et que la spécialiste anglaise du roman policier Magdalen Nabb s’empare elle aussi du Monstre. Ce n’est que le début d’une vague qui va apporter sur le marché une foison de reportages et de fictions traitant de l’affaire. L’histoire du Monstre attire même l’attention de Thomas Harris qui emprunte certains détails de l’affaire pour son roman Hannibal – la suite de son best-seller Le Silence des agneaux. Dans Hannibal, le Dr Lecter se réfugie à Florence où il occupe, sous le pseudonyme du Dr Fell, la fonction d’archiviste et bibliothécaire au palais Capponi, après avoir assassiné son prédécesseur pour prendre sa place.S’ajoutent à cela des films locaux et, plus tard, l’adaptation du roman d’Harris au cinéma, tourné sur les lieux et parfois avec la participation active de certains protagonistes.
Dans le même temps, un grand éditeur japonais commande à Mario Spezi un livre sur le Monstre, réédité cinq fois depuis et toujours disponible à ce jour. Au total, l’affaire a inspiré une douzaine d’ouvrages, dont une bande dessinée destinée au public adolescent, Il Monello (Le Polisson), qui a fait scandale à sa sortie. L’auteur, par mesure de précaution, a sagement préféré garder l’anonymat. » (p.121-122)
Malgré les pressions de l’opinion publique, aucune conclusion satisfaisante ne sera apportée à l’enquête, d’autant moins que les actions seront polluées par les délires de certains.
Le texte apporte un éclairage particulièrement ahurissant sur la manière dont fonctionnaient à cette époque le système en Italie (mais nous savons qu’il n’y a pas que là que des «dysfonctionnements» ont eu lieu : on a déjà fait allusion à l’Affaire Dutroux mais il faut aussi rappeler l’Affaire Grégory et l’Affaire d’Outreau et sans doute beaucoup d’autres partout dans le monde…).
À propos de l’enquête sur deux victimes françaises du Monstre :
”Monstre de Florence” : l’affaire relancée - fait-divers - France 3 Bourgogne Franche Comté : actualités de Côte d’Or, Nièvre, Saône Loire, Yonne, Doubs, Jura - France 3
À lire et à voir :
Une ville immortelle de Pierre-Jean Rémy
Hannibal le roman de Thomas Harris et le film de Ridley Scott :


2 commentaires:
Brrr... ça fait froid dans le dos cette histoire... J'aime bien les histoires de tueurs sanguinaires, mais juste dans la fiction! ;-)
Et je me suis rendus compte que j'étais dans les environs (à la fin de ma rhéto, mon premier voyage seule, pour apprendre l'italien) alors qu'un des doubles meurtres se commettait!
Fiction, donc: Remy, une histoire de vampires (mais très subtile, bien sûr). Un prof qui le faisait lire à ses élèves nous avaient montré la lettre que Remy avait adressé à ses élèves pour expliquer la genèse florentine de son roman...
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