dimanche 13 décembre 2015

Lettres à mon père

Dans la collection « Mots intimes » des Editions Robert, Didier Lett présente Lettres à mon père que l’opération "Masse critique" de Babelio m’a permis de recevoir et je les en remercie.
La lettre au père et à la mère, la lettre de compliments aux grands-parents étaient des genres couramment pratiqués jusqu’il n’y a pas si longtemps et faisaient l’objet d’un apprentissage dans les classes.

On pourrait donc trouver surannée cette édition d’échanges épistolaires. Et pourtant, le choix de D. Lett et la présentation qu’il fait des textes réunis ici rendent tout à fait indispensable ce recueil.
En effet, à côté d’auteurs qu’on pourrait considérer comme classiques (Mirabeau, Hugo, Guizot ou Kafka), d’autres épistoliers moins connus sont à découvrir ici : des étudiants du XIIIe siècle à Françoise Dolto, Jean Gabin ou François Truffaut… Et pour clore ce volume, la lettre d’Anne Wolinski à son père, écrite le lendemain même des événements tragiques de Charlie Hebdo. Cette dernière mériterait à elle seule l’achat du recueil.
À travers les lettres, nous parcourons donc des siècles de relations filiales qui esquissent une micro-histoire sociale. Du respect à l’amour, de la froideur aux reproches : les lettres montrent que ces sentiments ont été de toutes les époques : les uns demandent de l’argent : c’est le cas des étudiants, comme de Jules Renard ou de Jean Gabin. D’autres lettres sont des réquisitoires, comme celle de François Truffaut ; certaines lettres sont formelles, d’autres spontanées… Beaucoup sont des tentatives de se justifier, d’autres des adieux…
Voici donc un petit recueil qui en accompagne d’autres, parmi lesquelles Lettres à ma mère ou Lettres à mes frères et sœurs et que je recommande à tous, jeunes et vieux.

Pour découvrir la collection

lundi 17 août 2015

Miniaturiste de Jessie Burton


C'est le premier roman de l'auteure anglaise.



Petronella Oortman a dix-huit ans quand elle arrive à Amsterdam, en octobre 1686, pour y retrouver son mari. Ils se sont mariés de manière assez expéditive quelques jours plus tôt dans le village de la jeune femme, Assendelft ; il n’y a eu ni fête ni nuit de noces : l’époux est parti presque immédiatement. Johannes Brandt a le double de l’âge de sa jeune femme, c’est un riche marchand qui a parcouru les mers et voyage encore pour trouver les luxueuses denrées qui font sa richesse.
Ce mariage était inespéré car le père de Nella est mort en laissant 3 enfants et des dettes à sa femme.

Quand Nella se présente à la porte de sa nouvelle demeure avec son perroquet et son luth, son mari n’est pas là pour l’accueillir ; il y a seulement Marin, la belle-sœur acariâtre, Otto le domestique africain et Cornelia, la servante fidèle. Quand, enfin, Johannes revient de voyage, il offre à son épouse un magnifique cadeau de noces : une maison miniature sur le modèle de la maison familiale.

La maison d'Ornella au Rijksmuseum à Amsterdam

Pourtant, son comportement est étonnant : il ne rejoint pas la jeune mariée dans sa chambre comme la mère de Nella l’en avait avertie. Et, si elle apprécie de constater le prestige dont jouit son mari auprès de la bourgeoisie, elle aimerait aussi être une vraie femme !

Bientôt, elle se met à recevoir des poupées et des objets pour peupler sa maison ; curieusement la miniaturiste à laquelle elle a passé une première commande semble tout savoir de ce qui se passe dans la maison du Herengracht. Elle anticipe bientôt certains événements qui vont entraîner la perte de Johannes Brandt et de sa famille.

Roman d’éducation, roman d’une chute annoncée, dévoilement d’une réalité sordide, dès que tombe le rideau de la respectabilité, peinture d’une société dont de nombreux traits ne sont pas sans rappeler les nôtres… Miniaturiste est tout cela à la fois.

mercredi 29 juillet 2015

La revanche de Kevin de Iegor Gran





Kevin : un prénom  que « la France commence à produire au début des années 1970, au rythme d’une centaine de naissances par an » mais, dans les années 1990, « on découvre soudain que les Kevin  […] deviennent des symboles de mauvais goût, de beaufitude, de superficialité ».

Celui qui parle ainsi se prénomme … Kevin et est convaincu que tous ses malheurs passés sont dus à ce prénom. Il s’agit, par exemple, d’un relatif ostracisme qu’il perçoit de la part de ses collègues de la radio où il s’occupe des plages de pub.

Il les accompagne toutefois au Salon du livre où il se rend compte qu’il n’est pas difficile  de se faire passer pour celui qu’on n’est pas : tantôt faux lecteur de « la grande maison » d’édition, tantôt faux agent littéraire, il s’amuse follement à mystifier de naïfs futurs auteurs à qui il promet le meilleur, entretenant leur rêve avant de disparaître sans laisser de traces. 

Quand François-René Pradel tombe dans ses filets, il est le pigeon idéal : malgré un portrait dans Libé, il n’a connu que des succès d’estime, un prix littéraire de second ordre et est à la recherche d’un nouveau souffle. C’est donc avec enthousiasme qu’il succombe aux sirènes et croit tout ce que lui raconte le jeune homme bien sous tous rapports qui lui promet le succès… Mais la réalité sera bien différente et Kevin, lui-même, n’en sortira pas indemne.


jeudi 25 juin 2015

LIRE « BELGE » À L’ÉCOLE EN 2015 GRAND RÉFÉRENDUM

Six mois de silence et, aujourd'hui, le retour avec un référendum destiné aux professeurs de français: merci d'y répondre et de diffuser largement à vos connaissances susceptibles d'être intéressées.

Il n'est pas nécessaire de faire travailler la littérature belge par ses élèves; il est aussi intéressant de savoir pourquoi des profs ne le font pas!

Les résultats de ce ‪‎sondage‬ seront exploités anonymement dans une enquête en cours sur la lecture de livres belges (ULB-ULg) au XIVe Congrès mondial de la Fédération Internationale des Professeurs de Français (Liège, juillet 2016). Trois lots de cinq volumes de la collection Espace Nord peuvent être remportés.

mercredi 31 décembre 2014

Meilleurs voeux!

En ce dernier jour de l'année, je vous souhaite que celle qui commencera demain soit la meilleure possible pour vous et ceux que vous aimez.

En attendant les douze coups de minuit, voici quelques images de 2014 qui s'achève...


samedi 8 novembre 2014

Juste une mauvaise action

Merci à Babelio et à son opération "Masse Critique" qui m’a permis de lire le dernier roman d’Elizabeth George.
De quelle mauvaise action s’agit-il ? je vous laisse le plaisir de le découvrir en lisant la dernière aventure de Linley et Havers, ou plutôt cette fois-ci, de Barbara Havers qui va se mettre dans de sales draps et de Linley qui va tâcher de l’en tirer... non sans renâcler d’ailleurs !
Je vois que j’augmente votre curiosité ?
Hadiyyah, la fille de son voisin Azhar, professeur de microbiologie, à l’égard de qui Barbara Havers éprouve des sentiments complexes qu’elle qualifie d’amitié, disparaît avec sa mère Angelina. Azhar qui, déjà marié, n’a jamais reconnu la fillette ne peut rien faire officiellement, c’est pourquoi il fait appel à sa voisine. Elle l’accompagne donc chez un détective privé dont elle a trouvé l’adresse sur Internet. Mais, un jour Angelina revient avec son nouveau compagnon : Hadiyyah a été enlevée sur le marché de Lucca où mère et fille séjournent dans la fattoria de Lorenzo Mura.

lundi 7 juillet 2014

Dieu est une fiction d’Alain Nadaud

Avec cet essai, je renoue avec les lectures offertes dans le cadre de « Masse critique » et je remercie Babelio.
J’avais lu il y a quelques années Auguste fulminant d'Alain Nadaud et j’avais apprécié ce roman et l’érudition de l’auteur. Découvrir son travail d’essayiste m’intéressait donc.
Mon avis est mitigé toutefois. Si l’auteur respecte à la lettre le projet indiqué par le sous-titre : « Essai sur les origines littéraires de la croyance », je n’avais pas interprété correctement « origines littéraires » (je pensais trouver davantage de références à des textes littéraires).
Examinant la mythologie gréco-romaine, la Bible hébraïque, le Nouveau Testament et le Coran, l’auteur explique en quoi ces textes religieux sont des créations littéraires humaines, d’une qualité assez moyenne d’ailleurs, selon lui, et donc que, finalement, ce n’est pas Dieu (ou les dieux) qui a (ou ont) créé l’homme mais l’inverse. Ce n’est pas à proprement parler une thèse originale et son traitement n'est pas très nouveau.
Si j’ai accroché aux chapitres consacrés à la religion juive, j’ai trouvé les développements sur le christianisme et surtout l’Islam fort longs et répétitifs : pourquoi multiplier les exemples ? La plupart montrent comment s'est construite l'oeuvre, comment, à un moment, il a fallu unifier les versions (pratique courante pour les textes qui sont issus de traditions orales), comment les défauts ont été exploités par les exégètes pour accréditer l'origine religieuse du texte: le déroulement est toujours le même.
J’ai cru remarquer un certain acharnement rageur qui me paraît manquer un peu du détachement que j'aurais attendu chez cet athée assumé (un de ses chapitres s’intitule d'ailleurs « Pour une mystique de l’athéisme » et c'est, je pense, la thèse de l'essai) . Je relèverai ce passage :
« Le cas de Pascal qui vient d’être cité est l’exemple significatif d’un tel égarement. Qu’un génie précoce de cette importance et de cette qualité, à l’origine de tant de prouesses scientifiques dans les domaines les plus divers, perde à ce point les pédales, plonge dans la révolte ou le dégoût. […] Que tant de gens aient ensuite trouvé cela [le Mémorial] admirable navre plus encore. » (p.247)
Finalement donc, j'ai trouvé ce texte à la fois trop long et répétitif et insuffisamment approfondi, si je compare, par exemple, avec la fine analyse de la pensée de Lucrèce dans Quattrocento de Stephen Greenblatt.

dimanche 16 mars 2014

Dominique Costermans, Petites coupures


À partir d’un échange de vœux sur Facebook avec Armel Job, l’auteure a relevé la gageure de ce recueil de nouvelles qui sont tout à fait délectables et parleront aux personnes de notre génération, à Dominique et à moi (bien qu'elle soit plus jeune que moi !).
Le point commun entre tous ces textes est l’argent sous forme de « petites coupures »…
Voici quelques-unes d’entre elles et les souvenirs qu’elles ont éveillés en moi car, d'une certaine façon, la petite Dominique avait bien des points communs avec moi :

"Les étrennes" : en Wallonie, la visite de Nouvel An, c’est le don d’une demi-galette pour tous (c’était une entière chez moi !), une petite goutte (un dé à coudre à peine, et heureusement car la tournée pouvait être longue !) pour les adultes, et les étrennes pour les enfants : un billet remis discrètement, plié tout petit, ou plus ostensiblement, dans une enveloppe. Les choses ne se passent pas aussi simplement pour la narratrice…

"Deux pièces de dix" : c’est l’histoire d’une injustice à l’égard d’une petite fille turbulente qui savait lire avant d’entrer à l’école:
"Nom di doum, ai-je pensé, il faut que j’apprenne à lire, et vite !"
et, donc, qui s’ennuyait
"Et comme je m’ennuyais, je bavardais avec mes voisines. Je distrayais les autres. Pas très gravement, mais avec mon père, les punitions étaient systématiquement dramatiques les lignes étaient doublées et s’y ajoutait alors quelque fessée ou l’une ou l’autre amère privation..."  
Et il arrive un jour que la patience de l’institutrice soit mise à rude épreuve ! Dans quelles circonstances la petite fille turbulente que j’étais a-t-elle vécu une histoire similaire? ce n’est pas l’objet de mon billet. En revanche, ce qui arriva à la narratrice, je vous invite à le lire !

Je pourrais encore évoquer "Traveller’s cheques" qui m’a rappelé mon voyage à Sienne, à 18 ans, même si j’avais moins d’audace…

Et puis les autres textes qui n’évoquent pas d’épisodes de ma jeunesse mais qui sont autant d’ouvertures vers les souvenirs et l’imaginaire de Dominique Costermans, de réflexions aussi, comme c'est le cas pour "La valeur des choses" qui nous emmène, loin de l'enfance, dans la réalité d'aujourd'hui.

Inutile de vous préciser que je vous invite à vous précipiter chez votre libraire pour vous procurer ce petit volume, à la couverture particulièrement réussie ! Et Dominique Costermans en parle avec plaisir dans les bibliothèques et les librairies : elle se rend peut-être près de chez vous !
Vous la retrouverez sur son site...


mardi 4 mars 2014

J’habite la maison de Louis Scutenaire


La narratrice de ce récit ressemble fort à son auteure : elle nous raconte comment elle a acheté une nouvelle maison, l’a rafraîchie, s’y est installée avec sa famille et y vit. Quoi de plus banal me direz-vous ? Certes mais ce serait déjà une histoire bien suffisante pour nombre d’écrivains … 
Dans le cas qui nous occupe, il n’y pas que cette histoire d’emménagement ; le lieu importe car ce n’est pas n’importe quelle petite maison d’une rue bruxelloise, non, c’est l’ancien logis de Louis Scutenaire qui y vécut de longues années avec sa femme, la poétesse Irène Hamoir. 

Louis Scutenaire, « Scut » pour ses amis Magritte, Nougé et les autres, fit de cette maison schaerbeeckoise de la rue de la Luzerne, un des terrains d’expérimentation pour les surréalistes bruxellois qui, loin de Paris et des oukases de Breton, avaient mis le jeu au cœur de leur mouvement. Ils jouèrent donc, firent des photos (on retiendra en particulier la série de Nougé La Subversion des images qu’on peut voir au Musée de la Photographie de Charleroi ), filmèrent… 


Pascale Toussaint est professeure de français et écrivaine. Avec l’aide de spécialistes du surréalisme belge qui ont connu Scutenaire, comme Christian Bussy ou Xavier Canonne par exemple, elle reconstitue le quotidien de la petite bande, entrelaçant avec bonheur passages de récit et citations qui accompagnent des instants de sa propre vie familiale dans cette maison, chargée de souvenirs et où survivent bien des fantômes qui partagent sans scrupule le quotidien de l’auteure.

Le livre se lit vraiement comme un roman, on y découvre une foule de détails insoupçonnés, des extraits du recueil de Scutenaire Mes Inscriptions… - à la manière surréaliste, chaque titre de chapitre est d’ailleurs une citation et je ne résiste  pas au plaisir de vous en proposer une qui me paraît tout à fait de circonstance par les temps qui courent : 
« Il est regrettable pour l’éducation de la jeunesse que les souvenirs sur la guerre soient toujours écrits par des gens que la guerre n’a pas tués. »
C’est une magnifique découverte accessible à tous les âges et pas seulement aux spécialistes ! J’en profite pour rendre hommage à la collection « Plumes du coq » des éditions Weyrich et à ses co-directeurs, Christian Libens et Alain Bertrand récemment décédé, qui ont eu la bonne idée de nous la donner à lire !

Pascale Toussaint se propose de partager ses découvertes dans les classes des professeurs qui le souhaitent, avec l’aide de l’opération « Écrivains en classe »; on peut la contacter via son site : http://pascaletoussaint.be/index.html

Pour aller plus loin dans la découverte de Scutenaire et du surréalisme belge:




Je laisse le dernier mot à Scutenaire, pour la citation par laquelle Pascale Toussaint ouvre le livre et en indique le sens :
On n’invente peut-être pas, on retrouve.
L’inspiration c’est peut-être la mémoire.