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Affiche rougeImage via Wikipedia
Le pied dans la glace, je n’ai pas le courage de me lever pour mettre un CD, aussi j’écoute une émission de chansons anciennes sur une chaine de radio locale. Le programmateur amateur qui remplace l’animatrice habituelle a choisi  des chansons des années 60 mais pas du yéyé. Et voici un cocktail détonnant…
On ferait bien d’écouter attentivement les paroles des rengaines qu’on fredonne sans y penser – et aussi d’écouter celles qu’on n’a presque jamais entendues …
Voici quelques titres qui m’ont donné à penser :
  • Ferré, L’Affiche rouge : poème bien connu d’Aragon que j’ai donnée à étudier à mes élèves en comparaison avec la vraie lettre de Manoukian, je l’avais toujours considérée dans la perspective de la résistance au nazisme mais, sous l’angle de la définition d’une quelconque identité nationale, cela fait réfléchir aussi…
  • Le fameux Dominique de notre non moins fameuse compatriote « Sœur sourire ». Au-delà des rigolades faciles, des réflexions sur le triste destin de la « nonne chantante »…, le passage du texte sur les actions du bon Dominique lançant la Croisade contre les Albigeois et convertissant un hérétique… m’a renvoyée devant l’emplacement du bûcher au pied de Montségur (rude montée pour accéder aux ruines, mais surtout terrible descente !) ; Montfort et le légat du Pape, devant Béziers : « Tuez-les tous, Dieu reconnaitra les siens ».
  • Les trompettes de la renommée de Brassens : à méditer de toute urgence par une foule de gens en notre époque de téléréalité, de facebook, de youtube…
  • Et puis, pour finir par une note optimiste une superbe chanson d’amour à réécouter à quelques jours de la Saint-Valentin, Mémère de Michel Simon
Après c’était BB et La Madrague et je n’ai plus écouté…

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Haïti terre de culture

Map of Haiti with Port-au-Prince shownImage via Wikipedia

La situation à Haïti est épouvantable; certains commentaires dans les médias laissent entendre, parfois, que ce pays, réellement poursuivi par la malchance est au fond du trou.
Et effectivement, quand j'étais adolescente déjà, on lisait des articles en classe qui racontaient les atrocités commises par les sinistres sbires de la famille Duvallier.
Pourtant, quand on se tourne vers le passé, on n'a pas le droit de désespérer: un pays qui a été la première démocratie noire, libérée du joug colonial sous l'égide de Toussaint Louverture, un pays qui a donné à la francophonie des écrivains comme comme René Depestre, des cinéastes comme Raoul Peck, ne peut pas être condamné au désespoir perpétuel... pour autant qu'on l'aide à s'en sortir et qu'on respecte sa dignité.
Il faudra que, quand les caméras seront parties, nous n'oubliions pas!

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Heureux anniversaire, Django


"Nuages" sur Youtube, où vous trouverez d'autres séquences...
Il y a cent ans aujourd'hui, naissait à dix kilomètres à vol d'oiseau du bureau où j'écris, à Liberchies, un phénomène extraordinaire de la musique et guitariste hors-norme. Une roulotte dans une prairie accueillait le petit Jean-Baptiste Reinhardt, connu plus tard sous le pseudonyme de Django.
Le jazz manouche ne s'est jamais démodé mais il semble aujourd'hui en pleine recrudescence et grâce soit rendue à tous les musiciens qui portent haut la tradition - dont Thomas Dutronc n'est pas le moindre.

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La couverture du roman sur le site des éditions Belfond

Voici un titre qui évoque Dickens mais le roman date de 2007.
Tom Bedlam est né à l’ombre de l’usine de porcelaine où sa mère – une femme admirable – travaille ; elle l’a élevée seule dans un misérable logement. La seule vie de famille qu’il connaisse est celle de ses voisins : un père comptable, qui tire le diable par la queue, une mère sentimentale et de nombreux enfants, dont Oscar, son meilleur ami, et Audrey. Un peu après ses dix ans, Tom fait la connaissance de son père : un comédien mégalomane et un escroc qui leur rend visite, le temps de soustraire les économies de la pauvre Emily Bedlam. Épisodiquement, Tom est en contact avec lui et la fascination se mêle au mépris. Tandis qu’il grandit, Audrey lui manifeste un amour de plus en plus dévoué mais Tom préfère Sissy, une blonde affriolante qui aguiche les garçons. Bientôt, Madame Bedlam meurt, non sans avoir révélé à son fils que son père a tué son premier bébé et qu’elle est une fille de bonne famille. Pris en charge par son grand-père, le jeune garçon voit réapparaitre son père qui avoue avoir non pas tué mais fait adopter son premier fils, puis qui le conduit vers la pension où il entreprendra ses études secondaires. Le lieu est isolé, le personnel – à l’exception de Mr. Grindle, le professeur de latin – est lâche, incompétent, totalement sous la coupe de deux jeunes garçons qui dirigent tout. Arthur, un jeune nouveau également, est immédiatement harcelé par l’un d’eux, Mansworth, tandis que Tom se prend d’amitié pour lui, convaincu qu’il s’agit de son frère. Pourtant, quand Mansworth provoque sa mort, le père Bedlam négocie avec Mr. Mansworth père le silence de Tom contre le paiement de ses études de médecine…
Dickensien, n’est-il pas ?
Il s’agit d’une sorte de reconstitution de la littérature victorienne assez réussie. C’est certainement le cas de cette première partie, celle qui s’achève par le départ de Tom, diplômé en médecin de l’université d’Édimbourg, vers l’Afrique du Sud. La seconde partie raconte un quart de siècle de la vie du médecin jusqu’à son retour en Angleterre en pleine première guerre pour essayer desauver la vie de son fils, engagé volontaire sur le front français. C’est alors que toutes les questions trouveront leur réponse.
On le voit, l’objectif est ambitieux : au-delà du roman d’apprentissage qui n’est pas sans rappeler David Copperfield, Hagen montre comment la vie d’adulte de son héros est déterminée par son passé, qu’il s’agisse de l’influence des amitiés, des haines et des lâchetés de l’enfance, de l’hérédité qu’il transmet à ses enfants, ou encore des leçons qu’il a tirées du passé pour être, pour eux, le père qu’il n’avait pas eu, au prix même de sa réussite professionnelle.
La seconde partie, pourtant, n’a pas le dynamisme de la première : évoquée à plus larges traits, elle raconte le long fleuve tranquille qu’est la vie de la famille Chapel – le pseudonyme choisi par Tom, avant de se concentrer sur les tragédies qui la frappent et le dénouement final. Peut-être l’auteur aurait-il eu intérêt à concentrer davantage le récit des premières années de mariage de Tom ; cette deuxième partie aurait été ainsi un peu moins languissante.
Malgré cette réserve, le roman reste une lecture plaisante, un peu nostalgique, comme lorsqu’on regarde, vingt ans après, un film qu’on a tellement aimé, une sorte de petite madeleine…
Bref, j’ai bien envie de relire l’un ou l’autre romans de Dickens ; Les grandes espérances, peut-être ? Un vieux souvenir de télé…
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Voilà ma petite contribution à la commémoration du décès d'Albert Camus; je vous présente une pièce publiée aux éditions Lansman.



Le décor représente un salon second-empire avec une statue de bronze sur un guéridon. Un groom y introduit "L'Étranger", Albert Camus. Celui-ci est vient de mourir dans un accident de voiture. La conversation s'engage, Camus ayant reconnut le décor de la pièce qu'il avait commencé de mettre en scène en décembre 1943. Il se souvient de l'occupation, des restrictions.
Flash-back: Camus vient d'arriver à Paris, il assiste à la représentation des Mouches et rencontre Sartre. Quelques jours plus tard, il est reçu par Sartre et Simone de Beauvoir dans leur chambre de l'hôtel Louisiane où ils tâchent de se débrouiller avec les restrictions. Sartre propose à Camus de mettre en scène sa nouvelle pièce qu'il a provisoirement intitulée Les Autres et d'y jouer le rôle masculin, celui de Garcin.
Le couple Sartre-Beauvoir cherche avant tout à trouver des solutions aux problèmes que pose la censure allemande, même si ces moyens peuvent être parfois moralement discutables, ce qu'observe Camus que Sartre traite de "boy scout"…

Il semble avéré que Camus, qui avait commencé à mettre en scène et à jouer la pièce connue désormais sous le titre Huis-clos, renonça à cette tâche, Sartre ayant décidé de remplacer Olga Kéchéliévitch, l'épouse de l'éditeur Barbezat qui jouait le rôle d'Inès. En effet, elle avait été arrêtée en février 1944 et attendait à Fresnes sa déportation. Camus voulait suspendre les représentations pour faire pression sur la Gestapo, afin qu'elle libère la jeune femme. Sartre préféra changer la distribution et le titre et Camus se retira de l'aventure qu'il ne pouvait cautionner. La pièce fut créée en mai 1944, avec la bénédiction de la censure allemande.
Cette période est fondamentale dans l'itinéraire de Camus qui, voyant arrêtés autour de lui de nombreux artistes et écrivains, comprend que son pacifisme qui renvoie dos à dos les deux camps n'est pas tenable et que toutes les causes ne se valent pas. En face de lui, Sartre se montre prêt à beaucoup de compromis pour la promotion de son œuvre.

L'écriture théâtrale est intéressante qui choisit d'installer tout d'abord Camus dans l'enfer tel que le décrit la pièce de Sartre avant de juxtaposer les divers décors entre lesquels passent les comédiens, un peu à la manière de ce qui se faisait dans les décors à mansions du théâtre médiéval.
A lire avec le recul nécessaire sur les grands maîtres à penser de la première moitié du XXe siècle qui s'y révèlent sous un jour éloigné de leur légende.

Voilà un livre que vous allez dévorer et qui va vous donner envie de revisiter Paris, sur ses traces (prévoir un sac, ce n'est pas un livre de poche!).
Lorànt Deutsch, comédien et philosophe, est un amoureux de Paris qu'il parcourt en tous sens par le métro. C'est de là sans doute que lui est venue l'idée de nous raconter l'histoire de la ville - et accessoirement de la France - au départ de certaines stations emblématiques, une par siècle.
De "Cité" à "La Défense", 21 siècles nous contemplent.
Le style est alerte: didactique sans l'être trop, enlevé, laissant de la place à l'humour... Des points sont faits régulièrement pour rappeler quelques connaissances de base que le lecteur aurait pu oublier, de petits itinéraires sont suggérés, même si, hélas, il semble bien que l'auteur ait eu accès à des lieux que ni vous ni moi n'aurons le loisir de visiter.
Bref, une découverte à ne pas manquer si vous aimez Paris et l'histoire. Le bouquin peut aussi servir d'introduction à d'autres ouvrages moins maniables et plus ardus comme Paris, deux mille ans d'histoire de Jean Favier, par exemple.


Pour aller plus loin:

  • Critique du livre sur le site du Nouvel Observateur,
  • Plan interactif du métro parisien, avec, pour chaque station, un plan du quartier,

Meilleurs voeux

Heureuse année 2010 à tous!






La couverture sur le site des Éditions de la Table-Ronde (Éditions Quai Voltaire)
Ouf ! Je suis soulagée, j'aime toujours les romans ! Mes deux dernières expériences – La Diagonale du vide et Le Passage des ombres – m’avaient fait craindre le pire mais il n’en est rien.
Je sors d’une lecture qui m’a beaucoup plu : Les Amis du crime parfait, roman écrit en 2002 et traduit seulement cette année. Trapiello est un auteur que je ne connaissais pas encore mais dont j’ai bien envie de découvrir d’autres œuvres.

À Madrid, un groupe d’amis se réunit régulièrement dans un café pour y parler de romans policiers. Ils aiment tellement cela qu’ils ont pris comme pseudonymes les noms de leurs héros. Groupe hétéroclite s’il en est : un prêtre, un policier, un avocat, une dame chic de la bonne société,… mais aussi et surtout Paco Cortès, dit Sam Spade, auteur de romans de gare, dans la plus pure tradition du roman noir américain qu'il plagie d'ailleurs sans scrupule. Il est pourtant très désabusé, comme en témoigne un ami :
« Mon enfer, c’est de ne pas pouvoir écrire un roman rien qu’à moi ; mon purgatoire, c’est de le savoir, et mon pauvre ciel, c’est d’en avoir écrit trente-trois qui ont rendu heureux d’autres que moi. J’ai suggéré à Paco d’allier les deux, le roman policier et le sien. Quel est le rapport entre les chevaliers errants et Cervantès ? m’a-t-il répondu. Moi je ne suis pas Cervantès et, pour faire ce que tu demandes, il faudrait être un génie, ce que je ne suis pas davantage. Ni moi ni personne. Les romans policiers sont cérébraux, alors que le roman procède de la vie, pas d’une équation. Il y a eu de très grands auteurs policiers, mais le messie du genre est encore à naître. » (p.290-291)
Les A.C.P. discourent indéfiniment du « crime parfait » (littéraire s’entend).
Cortès est divorcé mais reste désespérément amoureux de sa femme, Dora, qu’il rêve de reconquérir à tout prix malgré son père, Don Luis, qui est commissaire de police ; c’est un sinistre personnage : brutal, ivrogne, père infâme et mari violent, il est aussi un phalangiste acharné, homme de main du régime pendant la guerre et après, et il reste un fidèle de Franco. Aussi, quand le coup d’État de février 1981 se déclenche, il est sûr de revenir au devant de la scène.

Roman sur l’écriture, sur la littérature qui met en scène une bande de Don Quichotte à la petite semaine, Les Amis du Crime parfait – et de crime parfait, il en est bien question – met aussi en scène une Espagne des années 80, sur le fil du rasoir, pas encore tout à fait guérie du franquisme, s’interrogeant sur la possibilité de voir les fantômes reprendre vie. Un pays où il est préférable de vivre par procuration, dans la littérature policière, un pays qui n’est pas remis des blessures de guerre, des trahisons, de la peur ; un pays où la vengeance reste un plat qui se mange froid…
Est-ce un hasard si la fin du coup d’État plonge les amis dans la vraie vie, dans le vrai crime ? C’est alors que l’ardoise est présentée…
« Je crois que ton problème principal, c’est que tu ne sais pas encore qui tu es, ni ce que tu veux, et ça t’a détruit. Regarde ces pauvres A.C.P. ils ont tous des vies comme la tienne, lamentable. Aucun ne se satisfait de l’existence qu’il mène, et ils se consolent en assistant par roman interposé à la mort ou à l’assassinat de quelqu’un. » (p.186)
Par petites touches successives ; Trapiello se penche sur l’histoire récente de son pays et sur les rapports du roman avec la vie, … la vraie !

«Dans les romans de crime parfait, tout commence en général par la découverte inattendue d'un cadavre, puis il faut enquêter pour savoir de qui il s'agit, et qui est l'assassin. Nous, il nous est arrivé l'inverse: nous sommes tombés sur un cadavre à la fin des A.C.P., et en plus, c'était quelqu'un que nous connaissions tous. Il y avait des années que nous cherchions en alchimistes un crime véritablement parfait. En vain. Et maintenant que nous en avons un, il ne nous sert à rien, parce que nous ne pouvons pas faire participer les autres à notre découverte.» (p.362)

Traditions de Noël



Ma prof d’anglais (eh oui, je m’y suis remise !) disait l’autre jour qu’en Angleterre, on ne faisait pas de repas de réveillon à Noël.
Et cela m’a amenée à me souvenir des Noëls de mon enfance.
En ce temps-là où la TV existait déjà, je rassure tout le monde, le réveillon, chez moi, se passait ainsi : on regardait la télévision en mangeant de petits bouts de boudin de Noël (noir aux raisins, blanc aux fines herbes ou au chou), à cette époque, les programmes des fêtes étaient de vrais programmes : l’après-midi programmes spéciaux pour les enfants, avec de vraies productions originales : Théâtre de la jeunesse de Claude Santelli, « dramatiques » (David Copperfield, par exemple) ou feuilleton, comme Les Galapiats  (un grand souvenir pour les gens de ma génération) et, le soir, grands shows de variétés où les plus grands chanteurs chantaient les chants de Noël (comme on le voit ce soir dans une émission sur France 3 ou comme l’évoque Bénabar).
         
BENABAR    : Maritie et Gilbert Carpentier - MYTARATATA.COM
TARATATA N°179 (Dif. 12/01/2006)
   
   
        Video de mytaratata   

Vers 23h30, on se mettait en route pour la messe de Minuit, où l’on chantait tous ces chants, comme si la TV n’avait servi que de répétition. Au retour, sous le sapin, à côté de la crèche, des cadeaux pour les adultes (souvent un électroménager pour maman, un outillage électrique pour papa…) et un tout petit paquet pour moi : un livre, un 45 tours… Rien de bien important car les vrais cadeaux, les jouets, les bonbons, c’était Saint-Nicolas qui les avaient apportés la nuit du 6 décembre; le père Noël, on ne le voyait qu’à la télé française ou dans les films et feuilletons américains.
Le vrai jour de fête, c’était le jour de Noël même ; on déjeunait de cougnous, cette délicieuse brioche de chez moi (pas tout à fait une brioche : voyez la recette). Puis grand repas de famille, avec la dinde, la bûche…
Et le 26 décembre, on faisait la vaisselle !
Joyeux Noël à tous


La couverture du roman sur le site du Livre de poche
Grâce au partenariat entre le Livre de Poche et Blog-O-book - que je remercie -, j’ai reçu ce roman dont je n’avais jamais entendu parler avant…
William arrive à Malemort, un village provençal, pour passer une année sabbatique dans la maison de son ami Guillaume, un magistrat qui n’y séjourne que les week-ends. Il est accueilli par Élise, le médecin du village, une amie d'enfance de Guillaume.
William Barber et Guillaume Barbier se sont rencontrés autrefois à New York ; leurs noms et prénoms similaires, ainsi que leur amour de la musique les avaient réunis à cette époque. Mais, depuis, des drames les ont frappés, dont, par pudeur, ils ne parlent ni l’un ni l’autre. Élise n’a pas été épargnée non plus… Des liens se tissent ou se renouent, le plus souvent autour de la musique où chacun des trois joue sa partie, dans une relation nostalgique, empreinte de retenue et peut-être aussi d'occasions perdues à causes des non-dits.
William a bien du mal à se mettre à ce livre qu’il est venu écrire en France ; Guillaume voudrait faire réparer sa grange comme il l’avait promis à son fils disparu, mais ne parvient pas à franchir le pas; leurs souvenirs les occupent trop. 

Quand, enfin, les artisans tant de fois décommandés se mettent à l’ouvrage, c’est pour découvrir une inscription qui laisse deviner un crime ancien dans ce village où guerres de religion et dragonnades ont finalement eu raison des solidarités ancestrales. Voilà William sur la piste de cette histoire tandis que Guillaume enquête sur un crime contemporain et qu’Élise a bien du mal à comprendre ses amis.

J’avoue avoir un peu de mal à exprimer un avis définitif sur ce roman : d’un côté j’ai beaucoup apprécié son écriture et la personnalité de ses protagonistes, ces trois amis, qui sont amenés à faire le point sur leur vie, l’amitié, les occasions manquées… tant de choses qui me touchent pour des raisons diverses. Un passage me parle d'ailleurs vraiment:

"Tous deux [Élise et Guillaume] étudiaient la musique et tous deux y consacraient une partie de leurs loisirs. En ce temps-là, ils s'appliquaient à leurs instruments respectifs moins par goût que par amour pour leurs mères. Ils se découvraient une même passion pour la lecture, seul moyen pour les enfants uniques d'échapper à l'ennui. Tous deux pratiquaient, au gré de leur imagination, des jeux n'exigeant pas de partenaires. Si bien que, lorsque, par hasard, ils trouvaient des camarades, ils ne parvenaient vraiment ni à s'insérer dans leurs jeux, ni à les intégrer dans les leurs." (p.87)
D’autre part, le côté historique comme l’enquête sont des dimensions littéraires qui m’intéressent. Pourtant, la combinaison des thématiques m’a paru un peu laborieuse. La lenteur du rythme, quand il s’agit d’un roman d’analyse, d’une description de paysages ou de l’évocation des relations amicales n’est pas du tout gênante. En revanche, quand, au bout de plus de cent pages, je suis parvenue à l’évocation des événements criminels du XVIIe siècle, j’avoue avoir été plutôt désorientée : quel genre de roman étais-je en train de lire ? Sans doute aussi le foisonnement des thèmes (l’amour, l’amitié, la nostalgie, le deuil, la culpabilité mais aussi le 11 septembre, les guerres de religion…) m’a-t-il un peu perturbée. J’ai eu le sentiment que l’auteur hésitait elle-même sur le roman qu’elle souhaitait écrire.
Personnellement, j’aurais aimé lire les deux histoires mais peut-être pas mélangées. Mais l’auteur n’est pas en cause : j’ai l’impression que, ces derniers temps, j’ai bien du mal à m’enthousiasmer pour mes lectures : cela tient sûrement davantage à moi qu’à elles !




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